lundi 22 juin 2015

Le déplacement des vêtements

  La situation violente du "tout capitalisme", toujours plus de profits, entraine la délocalisation du travail vers des pays où la main d’œuvre est moins chère. Elle conduit à de profonds changements dans l'organisation du travail en particulier par la suppression d'emplois qui ont un faible niveau de formation comme les femmes ouvrières de « l’habillement ». En interrogeant les piqueuses-mécaniciennes de l'Atelier du Maître Tailleur, j'ai appris que l’industrialisation du métier de couturière a permis à ces femmes d'acquérir un statut professionnel reconnu, avec un salaire et des conditions de travail qu'elles ont su défendre jusqu'à leur durcissement par l'obligation des rendements toujours plus exigeants. La mondialisation de l'économie a amené la concurrence avec les pays en voie de développement, souvent d'ailleurs d'anciens pays colonisés. Dans ces pays d'autres femmes survivent avec des salaires de misère, des femmes que l'on oblige souvent à rester pauvre pour que l'on continue à se vêtir à moindre coût (voir le film The True Cost de Andrew Morgan). Mais je remarque aussi que les piqueuses-mécaniciennes ont été assujetties à leur tâche, insuffisamment formées, dépassées par une technologie surmoderne, sans espoir de reclassement dans une autre activité. Les travailleuses que ce soit ici ou ailleurs ne profitent pas de cette modernité, elles restent "cousues" à leur condition. Ce sont les premières à faire les frais de la mondialisation du travail, de la mise en réseau, de la circulation du travail et de l'argent. Les pauvres restent toujours cloués sur place alors que les marchandises circulent impliquant une augmentation de leur "trace carbone". Au cycle court l'Atelier du Maître Tailleur se situe dans l'Arsenal au plus près des marins, on prend le risque de polluer la planète en allant faire produire les uniformes de l'autre côté du monde.
  Des questions sur la forme me viennent à l'esprit : Les uniformes, comme les vêtements que l'on porte ont tous été touchés et cousus par des mains d'ici ou d'ailleurs, en portent-ils la trace? Visibles sur l'objet même?
  Peut-on sentir la saleté de quelque chose de polluant? Une image d'hommes et de femmes, employés de la douane française, en combinaisons intégrales avec masques, se faufilant dans des containers remplis de vêtements arrivant de Chine afin d'y découvrir des contrefaçons car cet amas de marchandise dégage des gaz toxiques.

  Cette question de la mobilité des corps et par extension des objets portés traverse mon travail depuis toujours. Voilà comment les vêtements du marins circulent. Le paquetage et répond à une organisation très précise pour qu'il soit complet et tienne dans le sac. Le sac est "décoré" de sigles, tampons et écussons qui retrace la vie du marin.




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