lundi 16 février 2015

Déplacement des folklores

  Sur un terrain politique, à Brest, du fait de la situation géographique particulière, comme dans d’autres « territoires extrêmes » cette transformation liée à la globalisation du travail et des échanges que l'on peut appeler moderne, on assiste à un repli identitaire. Cette tendance exacerbe les postures passéiste, des productions folkloristes de la culture etc…
  Et si on travaillait à mettre en avant cette histoire et influence irrémédiable d’autres cultures? L’idée serait de travailler à un objet qui documente cette provenance de l’uniforme. Comme dans une langue créole, il s'agit d'opérer une résistance en travaillant à la composition d’un nouvel objet métissé, hybride.
Robe Noh-Nee
  Je m’inspire de la démarche de deux soeurs d’origine franco-camerounaise, installées en Allemagne à Munich depuis les années 1970 : Marie Darouiche, Rahmée Wetterich. Elles créent des « Dirndl » à l’africaine et une boutique à Munich « Noh-Nee ». Apparue à la fin du 19e siècle, la Dirndl, robe à corset étroit et jupe large couverte d'un petit tablier, est notamment portée à l'occasion de l'Oktoberfest, plus grande fête populaire du monde, mais elle peut aussi l'être dans d'autres occasions festives, dans le sud de l'Allemagne mais aussi en Suisse ou en Autriche. Elle obéit à des codes stricts que les deux soeurs ont tenu à   respecter. « Nous avons consulté une couturière bavaroise spécialisée pour nous retrouver véritablement dans la tradition, nous voulions aller à l'original, apprendre à connaître cette culture ». Leur "Dirndl à l'africaine" a également "un petit côté français », « On a rajouté un jupon avec une petite dentelle très chic" qui, normalement, n'existe pas ». C'est un petit hommage à leur nationalité française.

 L’uniforme du marin est issu d'une tradition. C'est un vêtement simple inspiré des blouses portées déjà par les pêcheurs, la tenue est facile à confectionner et très connue des matelots qui venaient souvent de milieux modestes. Il a seulement été rajouté un col amovible bordé de deux lignes blanches et muni d’un «dossard». Cette découverte m’a amenée à considérer qu’un vêtement peut être construit par un récit de vie et d’expérience.
  Et si on rendait visible le nouveau processus de la fabrication des vêtements des militaires de la marine française sur l’uniforme? Avec un tricot rayé, le caban, le pantalon à pont, le bonnet au pompon rouge « à l’africaine » puis qu’après le Magreb, la Chine, le Bengladesh, l’industrie du vêtement s’installe en Afrique.
L’artiste Yinka Shonibare en a fait son fond de commerce en utilisant le wax qui est un tissu associé spontanément à l’Afrique, mais qui est originellement produit en Indonésie puis distribué par les Anglais et les Hollandais sur le continent africain.
« Le tissu, par exemple le chintz ou le wax, peut être étudié sous cet angle, selon une méthode postcoloniale. On ne cesse de citer l’artiste Yinka Shonibare et son utilisation du wax comme référent à l’histoire de l’Afrique et de l’esclavage, mais on omet de dire que le tissu « anglais » dont il dépouille ses personnages pour le remplacer par du wax, est un coton imprimé moghol, prisé par les classes moyennes puis par la bourgeoisie et par l’aristocratie du xviiie siècle. Seuls les Indiens maîtrisaient cette technique. Le goût anglais pour ces cotonnades peintes (dont le chintz, un tissu pour l’ameublement) fit la fortune, entre autres, de la Compagnie des Indes britanniques. Elle a imposé son pouvoir à l’Inde, l’a dépossédée de son savoir-f aire et a ruiné son économie. Recouvrir ce tissu par le wax, c’est aussi révéler une histoire pour en masquer une autre. » Zahia Rahmani.
Elle a écrit Le moderne comme point d’arrivée sans fin, dans Qu’est-ce que le contemporain? (Paris, 2010).

L'uniforme du marin


Yinka Shonibare




















 L'uniforme du marin est devenu un cliché repris souvent par la mode. On pourrait imaginer une hybridation des vêtements.



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