lundi 10 mars 2014

Rencontres à Moulin Mer

Dans le cadre du projet de recherche de l'EESAB, "A l'ouest toute!" nous organisons Fabienne Dumont et moi une semaine de rencontres de Logonna-Daoulas dans un cadre idyllique au bord de la mer. Elles réunissent des personnes issues de plusieurs champs (artistes, théoricien-ne-s, étudiant-e-s, institutions culturelles), aux regards situés, ancrés dans des pratiques différentes, qui vont interroger des objets communs et accompagner de leurs réflexions la construction des projets des autres. Ces objets allient des références à l’histoire particulière des luttes bretonnes à des réflexions sur les mutations de la vie salariée en période de crise économique et de globalisation. Cette semaine représente un temps fort de la recherche, qui permet d’articuler les propositions et les savoirs sous la forme de conférences, discussions, workshops et projections. Deux soirées ouvertes au public sont également organisées dans ce cadre, en collaboration avec la cinémathèque de Bretagne et le cinéma MacOrlan à Brest, Le Quartier et l'association Gros-plan à Quimper.

  A cette occasion je présente mon projet de blog en commençant mon intervention par l'origine de notre désir de travailler ensemble Fabienne Dumont et moi voici les éléments de cette intervention :

En 1998, je réalise Mourir d'ennui : à voir
C'est ma première rencontre avec Carole Roussopoulos, pionnière de la vidéo en France. Elle a constitué tout au long de sa vie une mémoire en images des résistances à l'oppression, grèves ouvrières, luttes anti-impérialistes, mouvements révolutionnaires et féministes. Ce qui m'intéresse dans son travail, c'est sa relation au médium vidéo qui lui permettait à la fois de donner la parole aux femmes, là où ça se passait et aussi d'inventer des dispositifs simples pour mettre le spectateur au centre de cette parole, comme dans Les prostituées de Lyon parlent, 1975, en disposant des moniteurs  à l'extérieur de l'église Saint Nizier diffusant pour les passants, presqu'en direct, la parole des prostitués retranchées à l'intérieur.

Mourir d'ennui, 1998
Installation de 2 vidéos couleur de 3min 20 présentée dans 2 moniteurs face à face avec la vidéo de Carole Roussopoulos : S.CU.M. Manifesto pour l'exposition
Nous 1998, Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Tours,  production : Lycée de Thones/ Sylvie Ungauer

  Cette vidéo au titre évocateur met en scène une femme (qui s'avère être l'artiste elle-même), filmée en buste, coiffée d'une perruque et d'un chapeau qui regarde un poste de télévision que l'on devine hors champ. Le profond sentiment d'ennui que semble ressentir cette femme associé aux détonations et autres déflagrations provenant du petit écran qui la font brutalement chuter, mettent en évidence une féminité agressée. Mais la lutte est engagée. La femme se relève à chaque fois sous un nouveau visage et dans un costume différent. Le choix du médium, la mise en scène de son propre corps, le recours aux accessoires et au travestissement sont autant d'éléments qui permettent à l'artiste de revendiquer de manière singulière – mais toutefois nuancée car elle admet que la condition de la femme a évolué depuis les années 70 – sa connexion avec les idées et combats féministes. Et lorsqu'elle associe à sa vidéo le film S.C.U.M Manifesto réalisé par Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig en 1976, le caractère militant de son œuvre est assurément réaffirmé.
Marie Lemeltier, 2008



S.C.U.M. MANIFESTO
Réalisation : Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig
France, Les Insoumuses, 1976 (product.), 27min., N/B




























  Lecture mise en scène d’extraits de « S.C.U.M. Manifesto » (Society for Cutting Up Men) de Valerie Solanas, édité en 1967 et alors épuisé en français. Delphine Seyrig en traduit quelques passages à Carole Roussopoulos qui les tape à la machine. En arrière plan, un téléviseur diffuse en direct des images du journal télévisé dont on entend par moments les nouvelles apocalyptiques. Comme le livre, le film est un pamphlet contre la société dominée par l’image « mâle » et l’action « virile ».

Réaliser un blog pour consigner mes notes, mes réflexions, l’avancée de ma recherche pour partager et rendre visible cette situation peu médiatisée m'est apparu une mise en forme facile et pratique. C’était aussi une manière d’en garder la mémoire et de formaliser un processus. J’ai recueilli un témoignage d'une piqueuse-mécanicienne qui a fait sa carrière dans cet atelier. C'est un récit de vie passionnant sur plusieurs générations de femmes ouvrières à Brest. Malgré la dureté des conditions de travail, les luttes pour leur amélioration, la souffrance engendrée par l’augmentation des cadences d’un travail répétitif, ce sont les « bons moments », l’esprit d’appartenance à une équipe, la satisfaction du travail bien fait, qui ressort de cet entretien. Les images gardées par cette femme sont évidemment les bons moments, les moments de partage. Aujourd'hui il me permet de vous présenter mes recherches.
  Pour continuer cette démarche, une piste possible serait de travailler sur la transmission de cette mémoire en allant cette fois à la rencontre de jeunes femmes au Lycée Lesven de Brest qui propose des formations dans la filière du vêtement et de la mode. Il m’intéresse d’entendre la parole de futures couturières sur leur métier.
Pourrait-on organiser une rencontre autour de ces questions? Serait-il possible de créer un échange de savoir- faire dans l’expérience commune de la création et la fabrication d’un objet artistique qui serait le fruit de cet échange? Plusieurs pistes de travail sont envisagées :
  • L’uniforme, un vêtement de travail : la blouse. « Sous l’habit de travail et dans le travail, vit la personne». citation du livre de Ginette Francequin, Le vêtement de travail, une seconde peau, Editions Eres, Paris, 2008
  • La tradition des catherinettes : le costume et la fête, une activité en dehors du travail qui met en jeu la créativité de chacun au service du collectif.

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