L'Atelier du Maître Tailleur

  Le métier de maître tailleur remonte à l’époque de Louis XIV.  Au sein des armées, les maîtres tailleurs occupent une position unique : ils sont à la fois militaires et chefs d’entreprise.  Recrutés comme sous-officiers sur concours, avec épreuves pratiques, ils ne portent pas le grade de major, ce qui fait d’eux des officiers.

Ils dirigent une entreprise privée en régie, tout en percevant la solde de leur grade.  Autrement dit, ils sont à la fois militaires et artisans. L’armée leur fournit un local, parfois des machines, et leur passe commande pour les magasins des corps.  Le maître tailleur emploie et paie les ouvriers et ouvrières de son atelier, qui fabrique une grande partie des vêtements d’uniforme.

Les militaires peuvent passer commande directement auprès du maître tailleur pour les képis, les vêtements sur mesure, les accessoires comme les fourreaux d’épaule, les barrettes de décoration et les galons d’uniforme.
 
L’Atelier du Maître Tailleur, situé dans l’Arsenal porte de la Grande Rivière à Brest, est une entreprise spécialisée dans la confection d’uniformes militaires, de drapeaux et de voiles pour la marine. Intriguée par son histoire, je contacte l’atelier par téléphone. Carine Breton, avec 37 ans d’ancienneté, me répond. Elle exprime son incertitude quant à l’avenir de l’atelier, malgré le travail encore présent. Elle me conseille de rappeler Monsieur Gérald Février, le Maître Tailleur actuel, souvent absent car il dirige également l’atelier de Toulon, apparemment plus important.

Lors de nos échanges, tous deux soulignent l’incertitude qui plane sur l’avenir de l’atelier. La marine s’apprête à prendre une décision cruciale quant à l’externalisation de l’activité au sein de l’armée, ce qui pourrait entraîner la fermeture de l’atelier. Autrefois, dans les années 50, l’atelier employait jusqu’à 280 personnes, mais aujourd’hui, il ne reste que 48 employés. Il semble que nous assistions au crépuscule d’un métier, qui pourrait bientôt entrer dans l’histoire.

Cette situation met en lumière les mutations actuelles de la vie salariée en période de crise économique et de globalisation du travail. En Bretagne, les licenciements massifs touchent toutes les entreprises industrielles. L’avenir des ouvriers, et surtout des ouvrières, est incertain. La reconversion professionnelle prend du temps, et je suis particulièrement intéressée par les savoir-faire uniques développés au sein de l’atelier.

J’obtiens finalement un rendez-vous pour une visite.



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