Faire français

  Publié le vendredi 16 décembre 2011 dans Varmatin.com



  La Marine nationale possède deux ateliers de confection d'uniformes sur les bases navales de Toulon et Brest. Mais les emplois de ces maîtres tailleurs sont menacés. Acheter français! Depuis le début de la semaine, c'est le refrain entonné par les politiques, tous bords confondus. Pour les entreprises privées, la leçon est belle. Mais qu'en est-il de l'administration française et plus précisément de la Marine nationale omniprésente à Toulon?

  Cocorico ! Alors que l'armée de terre fait venir ses treillis du Sri Lanka, la Royale privilégie le « made in France » pour ses marinières. « Nous avons deux ateliers de confection placés sous la houlette d'un maître tailleur à Toulon et à Brest », explique fièrement la Marine. Les Varois (principalement des Varoises) s'occupent des pantalons, des vareuses, des fameux tricots rayés (répliqués sur le maillot de l'équipe de France de foot), et des chemises. À Brest, les petites mains sont chargées de fournir la tenue du trousseau ainsi que les vestes bleues et blanches. Sur les étiquettes, point de « made in » Toulon ou Brest. Elles affichent en gros « Service habillement » ainsi que le nom de la ville concernée. À première vue, tous les uniformes des marins sont donc fabriqués en France. Mais tout n'est pas aussi rose...  

  Des petites mains en sursis
 Ces ateliers ont un statut particulier : entreprises de droit privé mais placées sous tutelle du commissariat de la Marine. Depuis 2010, ces « petites mains » toulonnaises sont inquiètes. En sursis. « On était 150 en 1985. Aujourd'hui, nous ne sommes plus que 50 », raconte Michèle Houbart, déléguée syndicale de la CGT. La cause ? Le ministère de la Défense a décidé de ne plus remplacer les départs en retraite. Et vu la moyenne d'âge de ces couturières de choc, l'atelier ne va pas tarder à ranger les dés à coudre. D'ailleurs, une étude de l'état-major des armées avait conclu à l'intérêt d'externaliser la fonction habillement dès 2007. « On est dans l'attente, poursuit-elle. On devait avoir une réunion en décembre, mais elle a été repoussée. Apparemment, nous avons un repreneur français. Mais il n'a fourni aucune garantie pour maintenir nos emplois. Il peut très bien décider d'externaliser le service. » 

  Une partie de la production vient de Bulgarie
  Délocaliser. C'est déjà un peu le cas. La conception de certains vêtements a déjà quitté l'atelier toulonnais pour être externalisée. Vestons, chemises... Un peu moins de 20% des produits viennent déjà de Bulgarie et de Tunisie. « Une fois, la qualité était très mauvaise, on a dû tous les refaire », confie la syndicaliste qui conclut, ironique : « C'est culotté que l'État fasse la leçon aux patrons qui délocalisent alors qu'ils font exactement la même chose ! »

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